Depuis l’indépendance, Haïti tente en vain de se doter d’une banque d’émission. Un projet de banque agricole échoue en 1838, une loi votée en 1859 sous Fabre Geffrard reste lettre morte faute de moyens, et une concession accordée en 1874 sous Michel Domingue s’effondre avec le renversement du gouvernement. Le pays reste écrasé par le remboursement de l’indemnité imposée par la France en 1825, refinancée notamment par un emprunt de 36 millions de francs contracté en 1875 auprès du Crédit industriel et commercial.
Le 30 juillet 1880, sous la présidence de Lysius Félicité Salomon Jeune, le ministre des Finances Charles Laforesterie signe à Paris un contrat accordant à la Société générale de crédit industriel et commercial la concession de la Banque Nationale d’Haïti. Ratifiée par la loi du 10 septembre 1880, la concession court sur cinquante ans. Société anonyme française au capital de dix millions de francs et dont le siège reste à Paris, la banque obtient le privilège exclusif d’émission des billets, assure le service de la trésorerie générale, encaisse les droits de douane et gère le remboursement de la dette extérieure. À Port-au-Prince, elle s’installe d’abord dans une maison particulière de la rue Bonne Foi.
L’institution suscite rapidement l’hostilité du public. Établissement étranger de droit français doté des droits d’un citoyen haïtien, elle prélève des commissions sur les recettes publiques et ne contribue pas au développement économique attendu. En octobre 1910, sa concession est résiliée au profit de la Banque nationale de la République d’Haïti. En 1979, cette dernière est scindée en deux entités: la Banque Nationale de Crédit (BNC) et la Banque de la République d’Haïti (BRH), actuelle banque centrale du pays.

