Dans un récit intitulé « Bonjour la Suisse ! », le journaliste et communicateur haïtien Joël Lorquet, PhD, raconte son départ de Bruxelles et ses premiers pas à Genève. Bien au-delà d’une simple chronique touristique, son témoignage met en lumière les rencontres humaines, les transformations technologiques et les choix collectifs qui façonnent les sociétés modernes. À travers ses observations, l’auteur établit surtout un contraste saisissant entre l’organisation de la Suisse et les difficultés structurelles auxquelles Haïti demeure confrontée.
Sur le chemin de l’aéroport de Bruxelles, une conversation avec un chauffeur de taxi marocain devient le point de départ d’une réflexion approfondie sur l’éducation, la famille et les réseaux sociaux. Pour les deux interlocuteurs, l’encadrement des jeunes ne relève pas uniquement des parents : l’école, l’Église, les médias et l’ensemble de la société doivent également assumer leur part de responsabilité. Si Internet et les téléphones intelligents facilitent l’apprentissage et l’accès au savoir, ils peuvent aussi exposer les enfants à des contenus dangereux, d’où la nécessité d’un accompagnement parental constant, y compris dans leurs fréquentations virtuelles.
L’échange aborde également l’intelligence artificielle et les bouleversements qu’elle provoque dans le monde professionnel. Certains métiers traditionnels disparaissent ou se transforment, tandis que l’informatique, la robotique, l’électronique et les nouvelles technologies occupent une place croissante. Joël Lorquet souligne toutefois que le progrès possède deux visages : il permet de travailler plus rapidement et plus efficacement, mais favorise aussi l’obsolescence des appareils, la surconsommation et une dépendance accrue aux systèmes numériques. Cette évolution impose donc de préparer les jeunes à des professions qui, pour certaines, n’existent pas encore.
Arrivé à Genève, l’auteur découvre un pays marqué par la stabilité, la diversité culturelle, la décentralisation et une remarquable organisation du territoire. Malgré une erreur dans sa réservation initiale, il trouve finalement refuge dans un hôtel de la rue Voltaire, où une réceptionniste lui apprend que son père vient de passer des vacances en Haïti. Cette confidence rappelle que, malgré la crise, le pays conserve une réelle capacité d’attraction grâce à son histoire, ses plages, ses montagnes et son patrimoine. La lecture de la Tribune de Genève lui révèle toutefois un contraste frappant entre les préoccupations de l’actualité suisse et les drames qui dominent quotidiennement les nouvelles haïtiennes.
Sa promenade au bord du lac Léman constitue enfin le moment le plus révélateur du voyage. Face aux espaces propres, sécurisés et aménagés pour la détente, le sport et les rencontres familiales, Joël Lorquet imagine ce que pourraient devenir les littoraux haïtiens s’ils bénéficiaient d’une véritable planification. À ses yeux, la différence entre la Suisse et Haïti ne réside pas seulement dans les ressources disponibles, mais surtout dans la qualité de la gouvernance, la discipline collective et la volonté d’organiser durablement le territoire. Son récit s’achève ainsi sur un message d’espoir exigeant : Haïti possède les atouts nécessaires pour se transformer, à condition que ses dirigeants et ses citoyens décident enfin de construire méthodiquement un pays au service de tous.
Guyno DUVERNE


