À l’été 1791, Saint-Domingue est la colonie la plus riche des Amériques, produisant une part majeure du sucre et du café consommés en Europe. Cette prospérité repose sur près d’un demi-million d’esclaves, largement majoritaires face aux colons blancs et aux affranchis. La Révolution française avive les tensions entre grands blancs, petits blancs et gens de couleur libres, ouvrant un espace de contestation dont les réseaux d’esclaves du Nord tirent parti pour organiser clandestinement la révolte.
Dans la nuit du 14 août 1791, un grand nombre d’esclaves se réunissent en secret dans une zone boisée sur l’habitation Lenormand de Mézy, près du Cap. La cérémonie, à la fois religieuse et politique, est dirigée par le houngan Dutty Boukman et la manbo Cécile Fatiman. Sous un ciel d’orage, Cécile Fatiman, vêtue de blanc et en transe, sacrifie un cochon noir créole ; les participants boivent son sang pour sceller un pacte et se rendre invulnérables. Boukman prononce une prière restée célèbre, appelant à rejeter le dieu des colons et à écouter la voix de la liberté, puis ordonne le soulèvement général.
Le détail exact de la cérémonie demeure débattu par les historiens, les récits les plus connus ayant été rédigés après les faits. Son importance comme moment fondateur de mobilisation est toutefois peu contestée. Dans la nuit du 21 au 22 août 1791, l’insurrection éclate dans la plaine du Nord : les esclaves incendient les plantations et se soulèvent, ouvrant la Révolution haïtienne qui mènera à l’indépendance le 1er janvier 1804.

