Le mardi 18 juin 2024, le président américain Joe Biden a dévoilé une série de mesures visant à faciliter la régularisation des migrants sans-papiers mariés à des citoyens américains ou à des détenteurs de diplômes d’études supérieures. Selon cette nouvelle politique, les migrants en situation irrégulière vivant aux États-Unis depuis plus de dix ans pourront obtenir un permis de séjour permanent (Green Card), une initiative qui pourrait potentiellement bénéficier à près de 500 000 personnes.
Cette annonce arrive dans un contexte électoral tendu, à quelques mois seulement de l’élection présidentielle de novembre. La mesure a été immédiatement critiquée par l’ancien président Donald Trump, qui y voit une « amnistie » encourageant l’immigration illégale. Cependant, pour Biden, cette initiative représente un engagement fort en faveur de la préservation des familles et du soutien à la communauté latino-américaine, crucial dans les États clés du Sud tels que l’Arizona, la Géorgie et le Nevada.
Réactions et soulagements
Du côté mexicain, les réactions sont majoritairement positives. Le président Andres Manuel Lopez Obrador a salué cette initiative lors de sa conférence de presse quotidienne, soulignant son importance pour les familles mexicaines vivant aux États-Unis dans des conditions précaires. Il a félicité Biden pour cette décision, affirmant que cette mesure, bien que partielle, représente une avancée significative dans un contexte où la question migratoire est souvent instrumentalisée à des fins politiques aux États-Unis.
Actuellement, les conjoints de citoyens américains peuvent demander une Green Card, mais ceux qui sont entrés illégalement doivent souvent quitter le pays pendant des années avant de pouvoir revenir avec un statut légal. La nouvelle politique de Biden leur permettra de contourner cette exigence, réduisant ainsi les risques de séparation familiale prolongée. Ces migrants, dont beaucoup vivent aux États-Unis depuis des décennies, pourront désormais travailler légalement, ce qui bénéficiera non seulement à leurs familles mais aussi à l’économie américaine dans son ensemble.
Politique controversée
Malgré les avantages humanitaires et économiques de cette mesure, elle fait face à une opposition farouche. Les critiques, principalement issus des rangs républicains, considèrent cette initiative comme une incitation à l’immigration illégale. Une porte-parole de la campagne de Trump a qualifié cette politique de « nouvelle invitation à l’immigration illégale ». Le président de la Chambre des représentants, le républicain Mike Johnson, a également dénoncé ce qu’il appelle une « amnistie massive ».
Sur le plan juridique, la politique de Biden repose sur le pouvoir de l’exécutif de accorder le statut de « parole in place », un dispositif permettant aux migrants de rester temporairement aux États-Unis pour des raisons humanitaires ou de bénéfice public significatif. Ce même pouvoir avait été utilisé pour accorder des dérogations humanitaires à des migrants venant de pays comme l’Ukraine, Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et Haïti.
Cependant, cette politique pourrait être contestée en justice, à l’instar du programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) qui a protégé des jeunes migrants apportés illégalement aux États-Unis pendant leur enfance. Une cour fédérale du Texas a déjà jugé ce programme illégal, une décision susceptible d’être réévaluée par la Cour suprême.
En pleine campagne électorale, Biden cherche à équilibrer les attentes contradictoires des électeurs sur la question migratoire. Alors que la gestion de la frontière américano-mexicaine reste une priorité pour de nombreux électeurs, une majorité d’Américains souhaite voir une action ferme contre l’immigration illégale. Selon un sondage de la Marquette Law School, 52 % des Américains font davantage confiance à Donald Trump pour gérer la question migratoire et frontalière.
Pour Biden, cette nouvelle politique représente un pari audacieux visant à consolider son soutien auprès des communautés immigrées tout en répondant aux préoccupations de sécurité nationale. Le succès ou l’échec de cette initiative pourrait bien déterminer l’issue de l’élection présidentielle de novembre, faisant de l’immigration l’un des enjeux les plus déterminants de cette campagne.

