Dans une Amérique politiquement fracturée, ils refusent le choix binaire entre démocrates et républicains. Jill Stein, Chase Oliver et Cornel West incarnent la résistance au duopole traditionnel lors de l’élection présidentielle du 5 novembre 2024. Si leurs chances de victoire sont quasi nulles, leur présence sur les bulletins de vote inquiète les grands partis, qui redoutent un effet « vote-spoiler » dans les États-clés.
La menace verte
À 74 ans, Jill Stein fait son retour sous la bannière du Parti vert. Déjà candidate en 2012 et 2016, cette médecin de Chicago sera présente dans près de 40 États. Son programme allie justice environnementale et droits sociaux, avec une critique virulente de la politique Biden-Harris à Gaza. Sa candidature suscite une inquiétude particulière chez les démocrates, qui n’ont pas oublié son rôle potentiel dans la défaite d’Hillary Clinton en 2016. Une crainte telle que les partis écologistes européens, dont EELV, lui ont demandé de se retirer pour éviter une victoire de Trump.
Les outsiders en force
Le Parti libertarien, troisième force politique du pays, mise sur Chase Oliver, 39 ans. Cet ancien démocrate autoproclamé « armé et gay » défend un programme mêlant conservatisme fiscal, pro-droit à l’avortement et légalisation du cannabis. Sa présence sur les bulletins dans la quasi-totalité des États pourrait affecter le vote républicain, les libertariens captant traditionnellement 1 à 3% des voix conservatrices.
À gauche, l’intellectuel Cornel West, 71 ans, poursuit sa campagne en indépendant dans plus de quinze États. Ce militant anti-raciste dénonce « la faillite morale » du pays et le « duopole délabré » des grands partis. Sa candidature inquiète particulièrement dans le Michigan, État-clé où sa présence pourrait fragiliser le camp démocrate.
Le paysage électoral a été marqué par le retrait spectaculaire de Robert F. Kennedy Jr. Ancien candidat démocrate reconverti en indépendant, le neveu de JFK a finalement rallié Donald Trump en août, malgré l’opposition de sa famille. Son nom restera toutefois sur certains bulletins, bien qu’il ait promis de le retirer dans une dizaine d’États disputés.
D’autres candidats moins médiatisés complètent ce tableau : Randall Terry pour le Parti de la Constitution, Claudia De la Cruz pour le parti communiste, ou encore Michael Wood pour le parti de la Prohibition. Au total, vingt-quatre candidats figureront sur les bulletins à travers le pays, mais seuls quatre – Harris, Trump, Stein et Oliver – sont qualifiés dans suffisamment d’États pour théoriquement pouvoir atteindre les 270 grands électeurs nécessaires à la victoire.
Pour être considéré comme « notable » par la Commission électorale fédérale, un candidat doit répondre à des critères stricts : accès aux bulletins de vote, financement significatif, couverture médiatique et activité de campagne soutenue. Une sélection naturelle qui n’empêche pas les outsiders de potentiellement jouer les arbitres dans une élection qui s’annonce particulièrement serrée.

