Haïti fait appel à Erik Prince pour lutter contre les gangs
En plein chaos sécuritaire, le gouvernement haïtien a conclu un contrat avec Erik Prince, fondateur de la société militaire privée Blackwater, pour mener des opérations létales contre les gangs armés qui contrôlent une large partie de la capitale.
Selon des sources gouvernementales haïtiennes et américaines, Prince supervise depuis mars des frappes de drones et prévoit de déployer cet été jusqu’à 150 mercenaires, principalement d’origine haïtiano-américaine. Il aurait déjà envoyé un important arsenal d’armes et cherche à recruter d’anciens militaires pour renforcer ses effectifs sur le terrain.
Cette décision suscite de vives inquiétudes. Erik Prince, allié de l’ancien président Donald Trump, est un acteur controversé du secteur sécuritaire privé, notamment pour son rôle dans le massacre de 17 civils à Bagdad en 2007. Son retour dans un théâtre de conflit soulève des questions sur la légitimité, la transparence et les risques de violations des droits humains.
L’État haïtien, affaibli, justifie cette démarche par l’inefficacité de la Police nationale et l’impasse de la mission internationale conduite par le Kenya, en manque de financement et de troupes. Le recours à des mercenaires, cependant, risque d’accentuer la dépendance du pays à des acteurs extérieurs et de marginaliser encore plus les institutions locales.
« C’est un pari risqué. En l’absence de contrôle étatique réel, ces opérations pourraient vite dégénérer », avertissent plusieurs experts en sécurité, dont l’haitiano-américain, Rod Joseph.
Alors que Port-au-Prince sombre dans l’insécurité, ce contrat marque un tournant majeur : la privatisation de la guerre contre les gangs en Haïti.

