L’escalade était prévisible, elle est désormais officielle. Donald Trump, fidèle à son discours protectionniste, a choisi d’ouvrir un nouveau front économique en s’attaquant au Canada. Hausse des droits de douane, menaces sur les exportations d’aluminium et de bois d’œuvre, restrictions sur certains produits agricoles : l’ancien président américain, favori des primaires républicaines, semble déterminé à affaiblir son principal partenaire commercial. Face à cette offensive, Justin Trudeau n’a pas tardé à réagir, promettant des mesures de rétorsion et affirmant que le Canada ne se laissera pas « intimider ».
Un déjà-vu amer
Les tensions entre les deux pays ne sont pas nouvelles. Déjà en 2018, Trump avait imposé des tarifs douaniers punitifs sur l’acier et l’aluminium canadiens sous prétexte de « sécurité nationale », déclenchant une crise qui n’avait été résolue qu’après d’âpres négociations. Aujourd’hui, alors qu’il est en campagne pour un retour à la Maison-Blanche, il renoue avec une stratégie bien connue : flatter son électorat en ciblant les voisins et partenaires des États-Unis.
L’argumentaire de Trump repose sur une idée simple, mais biaisée : le Canada profiterait indûment des échanges commerciaux avec les États-Unis, déséquilibrant la balance commerciale. Or, les faits montrent que les deux économies sont profondément interdépendantes. Le commerce bilatéral entre les deux pays dépasse les 1 000 milliards de dollars canadiens par an, et des millions d’emplois des deux côtés de la frontière en dépendent.
Trudeau choisit la fermeté
Face à cette attaque, Justin Trudeau a immédiatement annoncé des contre-mesures. Ottawa pourrait instaurer des taxes sur des produits américains stratégiques, comme les produits pharmaceutiques ou certaines technologies. Mais plus encore, le Canada pourrait chercher à renforcer ses alliances économiques avec l’Europe et l’Asie pour réduire sa dépendance aux États-Unis.
Le Premier ministre canadien sait que la bataille ne sera pas facile. Avec une économie encore fragilisée par l’inflation et des tensions géopolitiques croissantes, il devra ménager un équilibre délicat entre fermeté et pragmatisme. Car si l’objectif est de défendre les intérêts du Canada, il ne faut pas non plus alimenter une spirale qui nuirait aux deux économies.
Un jeu dangereux
La vraie question reste cependant de savoir jusqu’où ira Donald Trump s’il revient au pouvoir. Cette nouvelle salve contre le Canada n’est peut-être qu’un avant-goût d’une politique encore plus agressive. Si l’Amérique choisit le repli et la confrontation, ce n’est pas seulement Ottawa qui en pâtira, mais l’ensemble du commerce international.
L’enjeu dépasse donc largement les frontières canadiennes. Une guerre commerciale prolongée entre ces deux voisins pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et accentuer l’incertitude économique. Il est encore temps de désamorcer cette crise avant qu’elle ne prenne une ampleur incontrôlable. Mais pour cela, il faudra un dialogue intelligent et une volonté politique que Trump, jusqu’ici, n’a jamais montrés.

