Port-au-Prince, le 23 septembre 2025
Aux : Membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT)
Du : Conseiller Président Fritz Alphonse Jean
Objet : Dégradation de la situation sécuritaire et responsabilités du Premier Ministre
Les faits
Ce mémo fait suite, en sus de nombreux échanges verbaux, à plusieurs correspondances adressées au Premier Ministre. Ces démarches ont été entreprises, particulièrement lorsque j’assurais la coordination du Conseil Présidentiel de Transition, pour solliciter des éclaircissements sur les mesures adoptées pour adresser le problème de l’insécurité grandissante. J’ai, en maintes fois, souligné le manque de performance des supports de professionnels étrangers retenus pour permettre à la Police Nationale d’Haïti (PNH) d’obtenir de meilleurs résultats dans sa lutte contre les gangs armés opérant dans l’Ouest, le Centre, et l’Artibonite, comme condition nécessaire à la réalisation des élections et au relèvement économique. Par ailleurs, j’ai formulé des mises en garde sur le mode de fonctionnement de ces professionnels, ainsi que mes appréhensions et inquiétudes causées par le manque de coordination entre eux et les structures de sécurité interne mises en place à cet effet. »
Toutes les demandes d’information sont restées sans réponses. Entre temps, le phénomène de kidnapping reprend de l’ampleur et les bandes armées continuent de perpétrer des crimes odieux contre la population un peu partout dans le pays. Le récent massacre de plusieurs dizaines de personnes dans la région de Cabaret est le dernier acte criminel criant à date. Cette tuerie, encore 1 une autre, une de trop, révolte le pays tout entier. Je m’incline devant la famille Lalane qui en une seule nuit a perdu trois fils, trois braves mécaniciens. Je me prosterne également devant les habitants de Liancourt qui ont perdu vies et biens. La liste est longue, trop longue.
Qui pis est, des bévues graves continuent d’être commises, et la population et nos forces policières en sont victimes. Je me réfère ici au malheureux incident survenu il y a deux jours à Port-au-Prince quand des explosifs transportés par drone ont causé la mort de huit enfants. On se rappelle que, récemment un engin similaire avait causé la mort de deux vaillants policiers, des membres des unités spéciales, alors que quatre autres ont subi des blessures graves. J’ai eu à leur rendre visite. Aujourd’hui, C’en est trop !
Est-il permis d’oublier que cette situation laisse la population dans la désolation, sinon dans l’épouvante ? Que fait le premier Ministre face à cette catastrophe ? Tout d’abord, manifestement, le Premier Ministre pense qu’il n’a de compte à rendre à personne, ni au CPT, ni à la Nation. Les manques de résultats et les dégâts sont là pourtant et son mutisme aussi, face aux atrocités qui s’amplifient et se succèdent.
Le support trouvé a été incapable d’empêcher les bandits de s’emparer d’autres territoires, et aucun bandit notoire n’a été ni neutralisé ni appréhendé. Faut-il encore ajouter que cet accompagnement n’a pas non plus permis de renforcer les capacités opérationnelles de la PNH, et sa participation active aux opérations de la PNH sur plusieurs mois a été limitée et demeure, de toute façon, sans effets probants. J’en veux pour preuve, l’absence du support aérien promis à la PNH, sous contrat, et qui n’est toujours pas effectif. Les accès aux routes nationales majeures sont toujours bloqués. Entre temps, la population meurt sous les drones et les experts retenus, soutenus par le Premier Ministre, continuent à encaisser de l’argent sans qu’ils n’aient obtenu les résultats sur lesquels ils s’étaient engagés.
Une chose est claire : ces manquements dégagent un relent de mauvaise foi, d’incompétence et de négligence criminelle. Sur un registre similaire, il sied de souligner que, sous la commande du Premier Ministre, le système judiciaire n’envoie aucun signal clair qu’il est vraiment animé par la volonté de combattre la criminalité dans le pays. Bien au contraire !
Besoin de tirer les conséquences et de se positionner
À cause de l’inaction et de l’irresponsabilité affichées par le Premier Ministre, le sang de nombreuses victimes continue de couler.
En ce qui me concerne, la question est simple : qui, au sein du CPT, veut continuer à supporter le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé dans ce bain de sang et ainsi accélérer la descente de la population haïtienne aux enfers ?
Fritz Alphonse JEAN Conseiller-Président

