Selon un rapport percutant d’Oxfam, la transition énergétique mondiale risque de reproduire les logiques d’exploitation coloniales qu’elle prétend dépasser. Derrière le verdissement de l’économie mondiale, l’organisation voit la mainmise des ultra-riches et des anciennes puissances coloniales sur les ressources et les profits générés par les technologies vertes.
Aujourd’hui, le 1 % le plus riche consomme chaque année assez d’énergie pour combler, pendant sept ans, les besoins de près de 700 millions de personnes privées d’électricité. Et malgré le potentiel transformateur du solaire et de l’éolien, les pays du Sud global, qui détiennent plus de 70 % des minéraux stratégiques, ne récoltent qu’une infime part de la valeur créée. En République démocratique du Congo, par exemple, la transformation du cobalt, essentielle aux batteries électriques, se fait à l’étranger, ne laissant au pays que 14 % des bénéfices.
Les inégalités financières aggravent encore le déséquilibre : les nations pauvres paient des taux d’intérêt trois à cinq fois plus élevés que les pays du Nord pour financer leurs projets verts. Résultat : l’énergie verte coûte jusqu’à 97 % plus cher au Niger qu’au Royaume-Uni.
Pour Oxfam, il est urgent de rompre avec ce modèle. L’énergie doit être reconnue comme un droit humain et un bien public, administrée par des structures démocratiques locales. Cela suppose aussi une reconnaissance des dettes écologiques du Nord envers le Sud et un transfert réel de richesses et de technologies.
« La transition énergétique peut devenir un moteur d’égalité, à condition de s’attaquer dès maintenant aux racines coloniales du système », insiste Julie McClatchie, d’Oxfam-Québec. À la veille de la COP30 au Brésil, l’organisme presse la communauté internationale d’en faire enfin une priorité mondiale.

