La violence meurtrière des gangs a atteint des sommets alarmants entre juillet et septembre 2024. Selon le dernier rapport du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), 1223 personnes ont perdu la vie et 522 autres ont été blessées dans des affrontements armés et des actions criminelles. À ces chiffres déjà dramatiques s’ajoutent 170 enlèvements contre rançon sur la même période, confirmant l’escalade sans précédent de la violence dans le pays.
La zone métropolitaine de Port-au-Prince et le département de l’Artibonite concentrent la majorité des violences. Les gangs, désormais regroupés au sein de l’alliance Viv Ansanm depuis février 2024, contrôlent environ 85% de l’agglomération de Port-au-Prince. Cette mainmise s’est considérablement renforcée après l’évasion massive de plus de 4600 détenus en mars, suite à l’attaque coordonnée des deux plus grandes prisons du pays. Les gangs ont multiplié les attaques contre les institutions étatiques, les infrastructures essentielles, notamment les ports maritimes, les aéroports et les commissariats de police, ainsi que les banques et les entreprises privées.
Femmes et enfants : victimes silencieuses
Le rapport met en lumière la situation particulièrement dramatique des femmes et des enfants. De nombreuses femmes ont été victimes de violences sexuelles lors de leurs déplacements quotidiens à pied ou en transport en commun, certaines ayant été tuées après avoir été violées. Les enfants paient également un lourd tribut : au moins 59 garçons et filles ont été tués ou blessés au cours du trimestre. Six d’entre eux, dont certains âgés d’une dizaine d’années à peine, ont été victimes d’exécutions sommaires présumées par des unités spécialisées de la Police nationale haïtienne.
Les gangs se sont par ailleurs engagés dans une campagne active de recrutement, ciblant particulièrement les enfants. Cette stratégie s’accompagne d’un renforcement de leurs bastions et d’un stockage accru d’armes et de munitions, malgré l’embargo international en vigueur. Le Groupe d’experts de l’ONU note avec inquiétude que les gangs se procurent de plus en plus d’armes de gros calibre, rendant la tâche de la police encore plus périlleuse.
La crise sécuritaire a également provoqué un exode massif sans précédent, avec environ 600 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays et des centaines de milliers d’autres ayant fui à l’étranger, souvent par le biais de réseaux de passeurs liés à des organisations criminelles régionales. L’avenir du pays est gravement menacé, alors que de nombreux enfants et jeunes sont privés d’éducation et que les personnes qualifiées fuient massivement le pays.
Les gangs continuent d’étendre leur emprise territoriale pour augmenter leurs revenus issus des enlèvements, de l’extorsion et du trafic de stupéfiants. Cette situation est aggravée par les liens avérés entre les opérations des gangs et certaines personnalités politiques et économiques du pays, ainsi que par la faiblesse des institutions étatiques, permettant aux réseaux criminels de prospérer en toute impunité.

