Dans le district municipal de La Cuaba, à Pedro Brand, commune située pas trop loin de la Santo Domingo, Sixta Laureano, 101 ans, réside dans une petite maison en bois, au toit de tôle fissuré. Les pluies fréquentes aggravent sa situation : une des chambres est devenue inutilisable à cause des infiltrations, et dans une autre, les matelas sont protégés par du plastique pour éviter qu’ils ne soient trempés.
« Je n’ai pas de maison, regardez comme elle est… Tout est pourri. Je veux qu’on répare ma case », a-t-elle imploré, à bout de souffle, alors que l’eau ruisselait sur le sol de ciment. Sixta souffre de graves problèmes respiratoires, d’une cardiomégalie (cœur agrandi) et d’une vision très réduite, des conditions qui l’empêchent de sortir, même pour profiter de sa galerie.
Ses médicaments indispensables, notamment la digoxine et l’aspirine, sont financés par une pension mensuelle de 6000 pesos dominicains (près de 100 dollars américains), insuffisante pour couvrir les besoins constants de traitement. « Ces médicaments coûtent cher et il en faut chaque semaine », précise Jackeline Laureano, la plus jeune de ses six enfants, qui s’occupe de sa mère.
Un parcours de vie exceptionnel
Originaire de Salamanca, toujours dans la commune de Pedro Brand, Sixta a vécu une vie marquée par le travail acharné. Selon ses souvenirs, elle aurait vu le jour bien avant la date inscrite sur sa carte d’identité, qui indique le 18 avril 1929. Elle affirme qu’au passage du cyclone San Zenón, en 1930, elle avait déjà sept ans.
Durant sa jeunesse, Sixta s’est consacrée à l’agriculture, cultivant yuca, bananes plantains, patates douces et maïs dans son propre conuco (terrain agricole). Les récoltes étaient ensuite vendues au marché de Villa Consuelo, permettant de subvenir aux besoins de ses enfants. Malgré l’absence de soutien de son mari, décédé il y a 40 ans après une longue maladie, elle a élevé sa famille avec détermination.
Aujourd’hui, les années ont pesé sur son corps. En plus de ses maladies chroniques, elle ne peut plus travailler. Ses enfants, bien que dévoués, peinent à assurer le financement de ses soins et de l’entretien de sa maison.
Une demande simple, mais urgente
Alors que sa maison tombe en ruine, Sixta espère que des réparations lui permettront de vivre ses derniers jours dans des conditions plus dignes. « Quand il pleut, il faut tout déplacer pour éviter que l’eau n’abîme encore plus ce qu’il reste », raconte sa fille Jackeline, en désignant les meubles fragiles et les ustensiles disposés sous des bassines pour recueillir l’eau.
Sixta incarne l’histoire de nombreux Haïtiens vivant en République dominicaine, souvent sans papiers et confrontés à des conditions de vie précaires. Son combat pour une vie digne, malgré les défis de l’âge et de la maladie, est un rappel poignant des réalités vécues par de nombreuses personnes âgées dans la région.

